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Restreindre l’accès des WC à l’école pour éviter les dégradations, une fausse bonne idée ?


En 2022, le ministère de l’Éducation nationale avait enregistré une « explosion » des dégradations de l’état des WC. Une série de préconisations avaient été édictées, mais trois ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée.



Une envie pressante, une envie stressante. C’est ce que vit quotidiennement Lisa (le prénom a été changé), élève de 1re au lycée Jean-Macé de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), quand elle a besoin de se rendre aux toilettes. Comme beaucoup de ses camarades, la jeune fille doit composer avec des WC en piteux état et en nombre insuffisant. « Nous sommes 1 900 élèves, et il y a quatre cabines chez les filles, dont une pour les handicapées. Résultat : on se retrouve souvent à faire la queue pour accéder à des toilettes taguées et mal entretenues. Sans parler de l’absence de papier toilette », déplore l’adolescente.

L’autre problème, non moins épineux, réside dans l’accès aux toilettes. Les lycéens qui étudient dans le bâtiment A comme Lisa doivent descendre dans la cour où se trouvent les WC en question, ceux à l’intérieur de l’établissement étant condamnés. « En cinq minutes, entre deux cours, nous n’avons pas le temps d’y aller. Et pendant la classe, les profs ne peuvent pas ou ne veulent pas nous laisser sortir, de crainte que certains élèves déclenchent sciemment les alarmes. C’est très problématique, notamment pour les jeunes filles », peste Lisa, qui déplore également l’absence de distributeur de serviettes hygiéniques.


Porte close à certains horaires

Ces problèmes d’insalubrité, de sécurité et de manque d’infrastructures ne sont pas nouveaux. Depuis plusieurs années, nombre d’établissements scolaires — surtout des collèges et lycées — peinent à offrir des lieux d’aisances dignes de ce nom à leurs élèves. En 2022, le ministère de l’Éducation nationale avait enregistré une « explosion » des remontées de terrain liées à l’état des toilettes. Il avait alors édicté une série de préconisations à destination des établissements et des collectivités (ville, département, région) directement en charge du bâti scolaire, et donc de la conception et de l’agencement des WC. Mais trois ans plus tard, la situation ne s’est toujours pas améliorée.


Pour tenter d’empêcher les dégradations ou de limiter les phénomènes de harcèlement dans ces lieux privatifs, des chefs d’établissement n’hésitent plus à employer la manière forte. Certains interdisent la sortie des élèves pendant les cours — au grand dam de nombreux enseignants — quand d’autres instaurent des heures d’accès aux toilettes. En dehors de ces créneaux situés pendant les récréations et les intercours, les WC restent fermés. Les élèves, tenus par une envie pressante, doivent alors aller demander les clés à la vie scolaire et être accompagnés par un adulte.


« On ne peut pas être plus restrictif pour un enfant que pour un adulte ! »

Cette méthode contestée était encore en vigueur au collège Aimé-Césaire d’Ézanville (Val-d’Oise), l’année dernière, ce qui a poussé Aurélien Chartier, un parent d’élève, à saisir la défenseure des droits, Claire Hédon. « Imaginez que dans votre entreprise, votre patron n’ouvre les toilettes qu’à certains horaires, vous seriez scandalisé. On ne peut pas être plus restrictif pour un enfant que pour un adulte ! s’insurge ce père d’une élève de 5e. Comment va réagir une adolescente qui a ses règles et qui se retrouve à demander une autorisation à un adulte, qui plus est, à un homme ? » La défenseure des droits est entrée en contact avec la direction du collège le 26 juin dernier. Dans un premier temps, la principale a décidé d’élargir les plages d’accès aux WC avant de supprimer cette contrainte à la rentrée.


« Mais c’est une situation qui perdure ailleurs, et que l’on trouve plus souvent en banlieue parisienne où le problème des toilettes reste entier », observe Nageate Belhacene, la présidente de la FCPE du Val-de-Marne. Reste que dans les textes, rien n’interdit à un principal ou un proviseur de prendre ce type de mesure. « Le chef d’établissement peut fixer, dans le règlement intérieur, les modalités pratiques d’accès aux toilettes pour éviter des dégradations, ou des déplacements massifs pendant les cours. Des restrictions temporaires, type surveillance, encadrement, horaires limités, peuvent être mises en place, mais elles doivent rester proportionnées, précise maître Valérie Piau, avocate spécialiste en droit de l’éducation. Toutefois, le chef d’établissement ne peut pas interdire ou rendre quasi impossible l’accès aux toilettes. »


Une position confirmée par la défenseure des droits. Dans un avis récent, elle expliquait que permettre l’accès aux WC en dehors des heures de classe, et seulement sur autorisation, en étant accompagné, pendant les cours, est adapté au fonctionnement d’un établissement scolaire et suffisant pour garantir les droits des élèves.


 
 
 

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